Questions sur le Maelström

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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Romaric Briand » 08 Déc 2014, 15:58

Tout ceci me fait penser à un truc un peu hors sujet.

Une fois, Fred, tu m'as dit que quand quelqu'un parlait de "grenouilles" au cours d'une partie de JDR. On pouvait trouver cela ridicule ou bien, au contraire, s'imaginer des grenouilles myasakiesques et trouver cela très classe. Au final, tu soutenais l'idée que "le génial", "le classe" ou "le pas classe" n'est pas dans ce qui est dit autour de la table, mais dans la façon dont les joueurs autour de la table interprètent les propositions qui sont faites.

Finalement, on peut dire autrement cette pensée en disant : "Ce qui compte vraiment se sont les situations que vous faites entrer dans le contenu fictionnel malléable et non la façon dont vous les énoncez." ou " ce qui est classe dans une partie de jeu de rôle ce n'est pas ce qui est dit, c'est le contenu fictionnel malléable qui ne peut être dit et qui est dans la tête des participants à chaque Instant"

Ici, par exemple, alors que J1 présente un chat un peu drôle, ridicule, un peu malkavien, J3 se l'imagine en chat classe, charismatique et ventrue. La proposition est interprétée différemment et les joueurs vont pouvoir faire parler longtemps ce chat sans jamais savoir que le contenu fictionnel qu'il regarde est totalement différent !!!

Si les joueurs créaient une fiction, ils seraient d'accords sur elle à tout moment ! Et, à tout moment, il pourraient dire "ceci est la fiction" et "ceci est mon interprétation" mais dans une partie de jeu de rôle la fiction n'existe pas car aucune proposition n'est vraiment inscrite sur un support ou dans le marbre ! Tout ce qui existe c'est ce contenu fictionnel malléable qui est une somme d'interprétation finalement !

Mon article est bien plus clair que tous ces schémas et toutes ces idées écrites un peu à la volée. Lisez-le et vous vous débarrasserez d'un nombre de problèmes considérables... considérables... Une grande partie des problème de notre média (y compris dans son absence de reconnaissance institutionnelle) viennent de cette illusion que le jeu de rôle produit une fiction. C'est faux ! faux et archifaux !
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Mangelune » 08 Déc 2014, 18:18

Mmmm... je crois que c'est le point sur lequel je suis et reste en désaccord. Cela me rappelle d'ailleurs un certain podcast sur un certain questionnaire :)

Le fait qu'untel trouve la grenouille classe et untel autre pas classe n'est pas spécialement lié au jeu de rôle, ce pourrait être la même chose devant un passage littéraire. Ce peut même, dans une moindre mesure, être vrai devant un extrait de dessin animé. Toute manifestation donne lieu à une interprétation subjective. Rien n'empêche d'ailleurs à un joueur de dire "mes grenouilles sont super classes, genre Miyazaki tu vois".

Le jeu de rôle produit une fiction à mon sens, qui est ce qui est énoncé par les participants. C'est en quelque sorte le produit "matériel", verbal, observable, de la partie de jeu de rôle ; c'est ce qu'un témoin extérieur pourrait analyser et creuser. Bien sûr, faire du jeu de rôle ça ne se limite pas à cela, ce n'est que la surface, il y a aussi les lignes de tension, les pensées, les dynamiques, etc. Bref tout ce qui est sous-jacent (ce que j'appellerais la structure et toi le Maëlstrom c'est ça ?) A la limite, on peut dire que le but du jeu de rôle n'est pas principalement de créer une fiction, que contrairement à la littérature ou au cinéma cette fiction n'est qu'un outil indispensable mais pas une raison d'être principale.

Ce qui donne son importance à l'interprétation en jdr, c'est que c'est sur elle que les participants vont se baser pour jouer (et entre autres pour créer davantage de fiction). Un peu comme un cadavre exquis ou une création à plusieurs mains. Or on a beau parler d'interprétation et de subjectivité voire de retour en arrière, il reste bien un noyau dur aux frontières légèrement floues (mais pas trop) qui nous permet de nous comprendre, comme dans n'importe quelle situation de communication. C'est ce noyau dur la fiction.
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Frédéric » 08 Déc 2014, 18:29

Chouette, tout ça Rom.
Et qu'en dirais-tu si dans mon schéma, j'englobais les flèches qui vont des bulles aux nuages et des nuages aux bulles dans le Contenu Fictionnel malléable ? Du coup, tout ce qui est dans le mouvement se trouverait là. La seule différence avec le maelström, c'est que le contenu des nuages est inaccessible.
L'autre point, c'est qu'il faudrait que le joueur du centre dise un chat. Que celui de gauche se le représente comme un chat noir et celui de droite comme Tom de Tom et Jerry. Celui de gauche ajouterait "on le voit difficilement dans le coin d'ombre", ce qui raviserait la vision des deux autres.

Le mouvement dans mon illustration, ce sont les flèches. Elles peuvent vouloir dire des tonnes de choses, mais principalement l'influence de chaque élément sur les autres.

J'ajoute que pour la création des persos, pour moi c'est ce qui est sur la table. Ça fait partie des dés, des fiches de perso et des règles. Ça ne fait pas partie du Maelström, mais ça influe directement dessus.

Bon, je vais relire un peut out ça pour aller un peu plus loin.

P.S. : je me suis marré pour la référence à Cats !

P.P.S. : Je reviendrai un peu plus tard sur la grenouille de Miyazaki. ;)
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Romaric Briand » 08 Déc 2014, 20:14

Je ne suis pas aussi bon dessinateur que toi, Fred, ça se saurait. Les petites fiches et tout ça, je te laisse les rajouter. Elles comptent en effet. Nous y reviendrons ! ^^ Les flèches sont très importantes pour indiquer les mouvements : les validations, les oppositions, les contre propositions. Mais une chose très importante c'est que le contenu fictionnel malléable ne peut pas être fixé. Tous ces schémas en donnent la sensation et ce n'est pas vrai. C'est ce qui entretient Vivien dans l'illusion d'ailleurs il me semble. L'entreprise de schématisation du Maelstrom ne me semble pas très pertinente malheureusement.

Le jeu de rôle produit une fiction à mon sens, qui est ce qui est énoncé par les participants.


Voilà, ça, c'est cette idée que je combats fermement. Pas Vivien, cette idée ^^ Vivien, c'est un pote et je l'adore, on est bien d'accord.

Comment peut-on de parler de fiction alors que ce dont tu parles ici, Vivien, n'est même pas partagé par tous les participants et, pire, peut faire l'objet de modifications ultérieures en permanence. Une fiction, c'est fixée sur un support, ou dans un texte, oral ou écrit, fixé. Les propositions d'une fiction qu'il s'agisse, de sons, d'images, de phrase sont fixées, établies pour toujours, sur le papier ou dans les airs, sur une bande une bobine ou un Mp3 que sais-je. Le contenu fictionnel malléable n'est pas fixé et peut encore être modifié, je regrette ce n'est pas une fiction. Tu mélanges le contenu fictionnel malléable et la fiction fixée dans ton cerveau (ta partie du cube, celle que tu as vue) après la fin de la partie.

En plus très souvent, ceux qui défendent cette idée confondent la fiction et son interprétation. C'est incroyable. Une fiction on peut y faire référence, son interprétation on ne peut que la raconter et si on le fait on produit à nouveau, une nouvelle fiction, la sienne, sa vision des choses.

Personne n'a autorité pour dire ce qui s'est passé dans une partie de jeu de rôle, pas même la bande qu'il l'a enregistré. L'enregistrement de la partie n'est pas la fiction produite pendant cette dernière, sinon ce serait une bien étrange fiction qui ne cesserait de se contredire par des propositions et des contrepropositions incessantes, des changements d'ontologie, des pronoms indexicaux mal employés. On ne saurait jamais si on dit "je" pour soi ou pour son perso. C'est pas une fiction, ça, bon sang ! Vivien ! Ce n'est même pas cohérent. Si vraiment c'était une fiction, les gens pourraient assister à une partie de jeu de rôle, avec grand plaisir.

Le propre du contenu fictionnel d'une partie de jeu de rôle, c'est d'être malléable et, je regrette, cette possibilité de malléabilité, seule la partie de jeu de rôle peut la produire. Il faut donc distinguer 1) la fiction qui est produite par les participants après la partie - et cela dans leur tête, Vivien - une fiction par participant (cette fiction que tu prends pour celle créée par la partie de JDR) ET 2) le contenu fictionnel malléable qui, lui, fait vraiment l'objet de la partie de jeu de rôle et qui n'appartient à aucun participant, le résultat du Maelstrom.

Je t'invite à relire les pages 253, 254 et 255.

Après, si tu as une définition idéaliste de la fiction, à savoir : si tu crois que la fiction de Harry Potter est ce qu'il y a dans la tête de JK Rowling et non ce qui est écrit dans les romans d'Harry Potter, je ne peux plus rien pour toi. Je t'invite juste à en tirer les conclusions. A savoir que du coup personne sauf JK ne saura jamais qui est Harry Potter. Pire, personne sauf soit même ne sait vraiment qui il est. Si ta définition c'est celle là, nous ne serons jamais d'accords. Pour moi Romaric Briand, à sa mort ce ne sera jamais rien d'autre que l'ensemble de ses faits et cela de toute éternité, en attendant je suis un contenu fictionnel malléable... ouuuuh

Moi, j'ai une vision réaliste de la fiction. Pour moi, à ce jour, la fiction d'Harry Potter n'est rien d'autre que l'ensemble des propositions qui figurent dans les livres "Harry Potter" et point barre. Tout le reste, c'est l'interprétation des lecteurs (leurs visions personnelles des situations) et cela n'a rien à voir avec la fiction d'Harry Potter originale telle que rédigée par son auteure. Après si un autre livre sort, cette fiction sera modifiée, c'est sure... mais ce qui est fixé est fixé.

Débaaaaaaaaaat !

En tous cas, une chose est sûre depuis que je pense le jeu de rôle comme ça, je n'ai plus aucune difficulté à penser un système de jeu et pleins de problèmes se sont évanouis. Moi, je conserverai cette vision temps qu'elle me permettra d'être aussi productif et aussi pertinent sur les jeux comme sur les problème qu'ils rencontrent dans leur développement. Sens Cosmo sera une première preuve des fruits de cette théorie et il en tombera bien d'autres de l'arbre. J'ai des projets à ne plus savoir qu'en faire =D Et moi qui disait vouloir arrêter le JDR après Sens... je me suis bien trompé.
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Frédéric » 08 Déc 2014, 21:30

Je rejoins tout à fait Rom. Et Vivien, dans Contenu Fictionnel Malléable, il y a fiction. La seule chose qui la distingue de la fiction dont on parlait avant, en JdR, c'est d'admettre qu'elle est malléable, donc que les participants ne se la représentent pas de la même façon et qu'ils reviennent dessus et font des rajouts à tout va (bien que dans beaucoup de parties, le tronc commun de ce contenu fictionnel malléable peut être assez fiable).

Ce qui compte le plus pour mon niveau actuel de compréhension du Maelström :
Imaginons qu'on joue une partie de l'Appel de Cthulhu où l'on joue des enfants perdus sous la pluie. Et qu'on joue une partie présentant exactement les mêmes situations et les mêmes décisions des joueurs (par le plus grand des hasards) avec Perdus sous la Pluie. Ces deux expériences n'auraient rien à voir, parce que la mécanique de jeu, le contrat social, l'économie du jeu, le partage des Responsabilités, etc. font que tout ce qui motive un choix dans chacun de ces deux jeux n'a pas grand chose à voir.
Dans l'Appel de Cthulhu, il est légitime d'agir pour révéler la suite du scénar, quitte à se mettre en danger, ce qui ne peut pas arriver dans PslP. Dans l'Appel de Cthulhu, on peut lancer des jets de dés pour crocheter une serrure, alors qu'on résout ça de façon très différente dans Perdus sous la Pluie (en gros, soit il y a une transaction de jetons qui se joue, soit ça se passe simplement).
Et là, je ne fais que gratter la surface.

Je pense qu'on avait tous plus ou moins l'intuition de ce phénomène, mais Rom l'a mis en lumière et lui a donné un nom.
Si l'on se contentait d'une retranscription fidèle de ce qui s'est dit pendant une partie, en comparaison avec un roman, ce serait ennuyeux, pitoyable, sans aucun style, déstructuré...
Les romanciers travaillent leur style littéraire et de la dramaturgie pour renforcer le pouvoir évocateur et la tension à la lecture. En JdR on n'a pas ça.
Mais on ne se rend pas vraiment compte à quel point le contenu fictionnel brut est nul, parce que le système de jeu (au sens Bakerien : la façon dont on se met d'accord pour prendre des décisions concernant la "fiction") crée une richesse qui est cachée.

J'en ai un très bon exemple dans ce message de ce CR : viewtopic.php?f=48&t=3092&start=15#p25916
Je mets le doigt sur une partie du Maelström de la partie : les éléments que l'on a notés de nos personnages (les Traits et autres) et nos choix précédents donnaient toute une charge de sens et d'émotions qui sont impossible à retranscrire dans le compte-rendu de la partie, aussi précis soit-il.

Donc, ce que l'on appelle d'ordinaire "fiction" en JdR est en réalité une dynamique d'une grande richesse et complexité, qui peut donner un intérêt considérable à une scène "racontée" qui n'aurait absolument aucun intérêt prise telle quelle dans un roman.
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Mangelune » 09 Déc 2014, 20:16

Attention Fred tu parles de fiction, quand Romaric dit pas de fiction ! J'ai donc du mal à croire que vous soyez vraiment d'accord.

Je comprends ce que vous dites (non ne suis pas victime d'illusion, pas que je sache) mais je diffère encore sur un point, même si dans le fond je pense qu'on est à peu près d'accord.

Romaric si tu considères que la fiction d'un livre c'est le texte sur le papier, que celle d'un film ce sont les images mises en mouvement et le son, que celle d'une radio c'est les mots mis bout à bout, bref si la fiction c'est le phénomène observable et pas l'interprétation que le lecteur/spectateur en fait, alors la fiction du jdr c'est ce qui est dit à la table par les participants, avec les gestes et les attitudes en plus.

Un enregistrement de partie de jdr est l'enregistrement d'une fiction, le fait que cette fiction soit pénible à suivre (et encore, certaines personnes aiment assister à une partie) n'infirme en rien ce fait. Ok les gens ne font que se contredire et argumenter, mais ils construisent aussi, ils se mettent d'accord, ils font des compromis. Si on est jamais d'accord, si on construit que sur du sable, cela donne certes une non-fiction mais aussi une partie ratée où tout le monde s'engueule. Les modifications ultérieures existent mais elles ont aussi leurs limites ; la plupart du temps, ce qui est dit et qui n'est pas contredit de suite est accepté comme tel.

Là où je pense être d'accord en revanche, c'est dans l'idée que cette fiction n'est peut-être qu'un sous-produit ou la simple surface de la partie de jeu de rôle. Sinon faire du jdr ce serait terriblement nul - puisque la fiction produite est, globalement, nulle. C'est peut-être un des gros problèmes de certains joueurs ou de certains jeux (storygames ?), vouloir à tout prix produire une belle fiction digne d'être enregistrée et montrée à des foules (j'exagère). Ceux-là sont sans doute dans l'illusion, celle de croire que cette fiction n'est pas un résidu de la partie, une simple manifestation extérieure de quelque chose de plus profond.

En fait la fiction d'une partie de jdr ce serait comme une espèce d'iceberg à moitié fondu et moche dont les profondeurs recèleraient des sculptures sur glace somptueuses et des vergers couverts de fruits juteux.

[Cela dit je suis contre le rejet brutal par Romaric de la dimension réceptive de la fiction, de son actualisation par le lecteur/spectateur ; on l'a déjà dit, le livre sans lecteur, dans l'espace, sans personne pour le lire, produit-il de la fiction ? Le phénomène de lecture n'est-il pas dynamique, n'est-il pas un échange permanent entre les mots et celui qui les déchiffre ? Serais-tu réaliste pour tous les autres arts et idéaliste uniquement pour le jeu de rôle ?]
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Romaric Briand » 09 Déc 2014, 21:15

Si nous sommes d'accords, hormis quelques détails, alors convenons au moins, tous ensemble que le terme fiction est mauvais, nuisible au JDR. Car il entretient l’ambiguïté qui permet à certains spécialistes de jeu vidéo, de littérature ou de cinéma de se croire, du même coup, spécialistes de jeu de rôle. Et ils sont légions. De même, ce terme donne des bases de JDR qui cherchent à construire des fictions comme s'il s'agissait de films, de livres ou de jeux-vidéo, ce qui pour moi, à présent, est une grave erreur. Sens prend le JDR pour du jeu vidéo et Les errants d'Ukiyo pour un film, il me semble. Nous sommes donc tous deux concernés Vivien, très concernés même. Sommes-nous au moins d'accords là-dessus ?
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Mangelune » 10 Déc 2014, 10:26

Romaric Briand a écrit:Si nous sommes d'accords, hormis quelques détails, alors convenons au moins, tous ensemble que le terme fiction est mauvais, nuisible au JDR. Car il entretient l’ambiguïté qui permet à certains spécialistes de jeu vidéo, de littérature ou de cinéma de se croire, du même coup, spécialistes de jeu de rôle. Et ils sont légions. De même, ce terme donne des bases de JDR qui cherchent à construire des fictions comme s'il s'agissait de films, de livres ou de jeux-vidéo, ce qui pour moi, à présent, est une grave erreur. Sens prend le JDR pour du jeu vidéo et Les errants d'Ukiyo pour un film, il me semble. Nous sommes donc tous deux concernés Vivien, très concernés même. Sommes-nous au moins d'accords là-dessus ?


Ah là je pense qu'on se rejoint essentiellement. Effectivement, j'ai des envies de création de belle fiction bien construite, j'ai voulu pendant longtemps être scénariste, j'aimerais un jour écrire des romans, et il m'est donc arrivé de considérer le jdr comme un bon médium pour ça, ce qui a mené à de terribles déceptions et des envies d'arrêter un loisir finalement décevant à cet égard. C'est un des points d'ailleurs qui m'a le plus sauté aux yeux en lisant ton livre (et aussi les réponses de Brand à Coralie David).

J'ai d'ailleurs l'impression qu'on ne se posait pas la question ou presque au départ en jeu de rôle, et que cette prédominance de l'histoire est d'abord arrivée par le biais de certains scénarios toboggan (qui s'opposaient à des règles relativement objective et pseudo-réalistes), puis de règles sensées soutenir non plus un moteur physique mais un genre esthétique (le pulp notamment qui s'est retrouvé ainsi à toutes les tables), puis enfin de storygames dont les règles délaissaient totalement le moteur physique au profit de la narration elle-même.

Les Errants fait bien référence aux films de sabre et avait bien au départ une certaine velléité de faire d'une partie de ce jeu une sorte de mini-film hommage. Finalement les règles offrent autre chose, je n'ai pas poussé jusqu'au bout cette idée - tant mieux - et c'est bel et bien un vrai jdr que j'ai produit, tout en gardant je pense certains éléments qui étaient transposables.

J'avais conçu un jeu court appelé La Lande qui illustrerait bien mieux ce problème puisque le but était de créer une histoire mélodramatique avec un dénouement quasi-fixé. La partie avec Fabien et Steve était très sympa mais montrait aussi les limites de cet exercice qui ressemblait à une forme de théâtre semi-improvisé (un peu comme chez certaines actrices du mouvement American Freeform, Lizzie Stark ou Emilie Care Boss).

Pour finir ce moment égocentrique, Perdus sous la pluie m'a d'ailleurs plutôt fait comprendre que on pouvait faire une partie plaisante avec une fiction minimale et impossible à raconter. Il suffit d'écouter le podcast ! Quand le jeu a été conçu, j'imaginais des fictions beaucoup plus longues et plus construites et ça n'a jamais, jamais été le cas. Et pourtant ça marche !

Tu parles d'ailleurs des jeux vidéos mais je pense que là-aussi l'histoire est secondaire ; elle peut servir de support ou de cadeau mais elle n'est jamais vraiment l'objectif principal, à moins de faire des films légèrement interactifs comme les jeux de Quantic Dream ou de Telltales.
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Frédéric » 10 Déc 2014, 14:33

Merci Vivien pour ce témoignage. Ça me fait beaucoup cogiter.
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar kaly » 11 Déc 2014, 19:25

Bonjour à tous,

Si j'ai bien compris l'article de Rom, il est possible de le synthétiser par une suite de conséquence.

Les Brainstormings conjugués des joueurs forment le Maelström.
Le Maelström produit le Contenu Fictionnel Malléable.
Le Contenu Fictionnel Malléable est la somme de la représentation de la fiction perçue par chaque joueur.

On a donc quelque chose comme ça :
Code: Tout sélectionner
Brainstorming j1                               Fiction perçue par j1
Brainstorming j2 ---\  Maelström --> CFM /---  Fiction perçue par j2
Brainstorming j3 ---/                    \---  Fiction perçue par j3
Brainstorming j4                               Fiction perçue par j4

Après il y a un élément qui reste sous-jacent c'est le concept de l'iceberg, ce qui se passe dans l'espace personnel et dans l'espace partagé.
Je pense que le fait que le Maelström et le CFM contiennent tous 2 des éléments de l'espace personnel et des éléments de l'espace partagé peux ajouter un peu de confusion. En effet, il est facile de faire l'amalgame avec l'espace personnel lors de la lecture d'un livre. Dans le cadre d'un livre, il est facile de distinguer la fiction (le livre écrit) et son interprétation (l'espace personnel). Dans le cadre d'un jeu de rôle, La Fiction ne peux pas exister car elle n'est fixée sur aucun support. Il est donc très difficile de faire la différence entre les fictions perçues (donc le CFM) et l'interprétation personnelle.
Je pense que c'est en partie ce qui nuit à la compréhension du concept de Maelstörm.
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Thomas Munier » 30 Déc 2014, 11:01

Je crois qu'il y a des choses à puiser concernant le maelström dans l'expérience de Sherif :

On place des individus dans une pièce où il est fait le noir total, à l'exception d'un point lumineux fixe. En l'absence de référentiel, le cerveau humain pense que le point lumineux se déplace. Comme c'est uniquement le fruit de l'imagination du sujet, personne n'imagine le même déplacement en réalité. Mais quand on demande aux individus de faire une restitution collective du déplacement de l'objet, les personnes arrivent à un consensus pour décrire un déplacement identique, du moins dans les bornes du langage.

Page wikipedia sur l'expérience

plus de détails sur l'expérience
Énergie créative. Univers artisanaux.
http://outsider.rolepod.net/
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Schultz (Jérôme S.) » 30 Déc 2014, 14:01

Super intéressant ça ! Merci Thomas pour le lien. Qu'en dis-tu Romaric ?

J'ai une question qui m'est venue en lisant le fil à nouveau : Je me rends compte que ta définition Rom, tient beaucoup sur le fait qu'une fiction est finie, fixée. J'ai aussi l'impression que Vivien considère qu'il y a un contenu fictionnel malléable dès qu'une audience est mise devant une œuvre. (Je pense à la Horde du Contrevent, où l'auteur révèle que les frères Dubka sont roux au bout de je ne sais combien de pages, autant dire que tout le monde a eu le temps de se faire une autre image mentale d'ici là, et moi personnellement j'ai choisi d'ignorer les descriptions physiques de ces persos pour garder l'image que je m'étais faite).

Alors QUESTION :

Rom', où places-tu les contes ? Pendant très longtemps, ils n'ont été que des histoires racontées oralement, avec le lot d'errance dans la fiction que cela implique. Pourtant, le conteur va peut-être (tout seul, je souligne ce point) mettre de sa propre sensibilité dans le conte, parfois de façon inconsciente, et ainsi le modifier. Ça explique les différences entre les contes d'un pays à l'autre (il me semble que les contes sont assez différents selon les pays, en tout cas moi et le scénariste de Jin-Roh n'avons pas lu le même chaperon rouge, dans le mien on buvait pas de sang). Ça signifie quoi ? Que le conte était un immense (et très long) contenu fictionnel malléable, voire un maëlstrom intergénérationnel, jusqu'à ce que les frères Grimm ou Perrault les fixent sur le papier pour en faire une fiction ?

J'ai l'impression que cela change selon la perspective que l'on se donne. Si on regarde à l'échelle d'un spectateur ou conteur, le conte est une fiction à un instant X, transmis par le biais oral. Mais on se place du point de vue du conte lui-même, ou sur la suite des générations, on voit que le contenu change. Je sais pas du tout où placer tout ça. Et je suis curieux de vos réponses, aussi !

Bon allez, ça m'a creusé tout ça. J'avais manger !
Podcasts amateurs et pleins de spoilers sur Sens : http://desrolistesdanslacave.fr/
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Etienne_C » 20 Fév 2015, 12:32

Bonjour

C'est moins une question qu'une remarque, j'ai commencé la lecture et je finis d'abord avant de poser des questions et remonter des réactions.
Bref !
La lecture est difficile car la police de caractère est un peu petite pour ma vue. Y a t'il une raison ?
Secret brouillard
Au seuil de l’hiver
Où je ne vois plus ton sourire

Cent et une impressions
Etienne_C
 
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Globo » 20 Fév 2015, 12:44

Je n'ai pas encore lu le maelstom ... mais quelqu'un a-t-il un petit commentaire sur cet article ? http://www.darkshire.net/jhkim/rpg/theo ... digms.html

Es-ce en relation ? du pour du contre ?
"Do Not Question Authority" (because they don't know either).
Globo
 
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Re: Questions sur le Maelström

Messagepar Romaric Briand » 20 Fév 2015, 15:18

Pour la police d'écriture, il n'y a aucun raison, juste mon confort personnel. Je trouvais cette police agréable à lire. C'est une question de gout apparemment. ;) Pour Sens, j'ai été contraint d'utiliser certaines polices, autrefois, à cause des produits proposés par La Poste. Mais aujourd'hui ce n'est plus le cas, car la poste fait n'importe quoi. C'est de pire en pire. Et, du coup, j'ai plus de liberté ;) Par contre, les acheteurs payeront, très bientôt, un euro plus cher de frais de port à cause du grand n'importe quoi de la poste.
______________________________________

Sur le Maelstrom, nos deux réflexions sont effectivement très proches, entre cet article et le mien. La seule différence, selon moi, c'est qu'il ne parle que du JDR classique. Alors que Le Maelstrom permet de rendre compte de tous les JDRs, pas uniquement du type de jeu de rôle sur table dont il parle. Pour le reste, nous sommes d'accords lui et moi.

Je pense que les divergences entre les articles viennent uniquement des intentions des deux articles. Cet article et le Maelstrom n'ont pas les mêmes objectifs. Mais ce qui est clair, c'est que les deux bonhommes ont une même vision de l'activité JDR (sauf que l'un ne parle que du JDR classique, par confort pour son propos, tandis que l'autre parle du JDR dans son ensemble, car il veut justement montrer que le JDR n'est pas réductible au JDR classique justement.)

Tu vois l'idée Globo ? Les deux bonhommes sont d'accords, les articles ont des divergences uniquement par ce que leurs intentions sont divergentes sur certains points. En tous cas, c'est un article très impressionnant et qui me donne raison, une fois encore.

Merci Globo ! T'es une mine d'or en article mon pote et en théorie mon pote ! Un sacré bonhomme !
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Romaric Briand
 
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